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Le modèle Barcelone, Horacio Capel
On a beaucoup parlé ces dernières années du « modèle Barcelone », expression qui désignait à l’origine les transformations urbanistiques de la capitale catalane. Cette expression a connu un succès tel que techniciens et hommes politiques n’ont pas hésité à l’élargir à d’autres domaines, dans lesquels la ville de Barcelone serait exemplaire, comme la participation citoyenne, la politique culturelle ou la capacité à promouvoir le développement économique. Les mérites d’un tel modèle ont été si bien vantés que plusieurs villes ont désormais l’ambition de l’importer.

Si le prestige international dont jouit la ville de Barcelone ne fait aucun doute, il n’est pas rare que les étrangers arrivant dans cette métropole méditerranéenne s’étonnent de l’écart qui existe entre leurs attentes et la réalité. Les sphères économiques et politiques s’interrogent aujourd’hui sur le possible essoufflement d’un modèle basé essentiellement sur le tourisme, les grands événements, les services et la promotion immobilière.

Le modèle Barcelone (Economia, 2009, traduit de l’espagnol par Juliette Lemerle) est à l’origine un discours prononcé par Horacio Capel dans le cadre d’un colloque international sur l’architecture et le patrimoine, qui s’est tenu lors de la Foire Internationale du livre de Guadalajara (Mexique), en 2004. Divisé en 17 courts chapitres, cet ouvrage constitue un outil indispensable pour comprendre les tenants et les aboutissants du plan de transformation de la ville de Barcelone et s’enquérir des débats que cette transformation a suscités.

Horacio Capel s’inscrit dans le contexte historique pour analyser les grands traits qui sont apposés à ce modèle, à savoir la capacité à traiter et à régénérer des espaces centraux, notamment par le biais d’une intervention à l’échelle de la rue et de la place, ainsi que le lancement de grands projets urbains à l’échelle de toute la ville. L’ouvrage retrace les grandes interventions réalisées à Barcelone à différentes échelles, leur évolution dans le temps et la stratégie mise en place pour corriger les déficits dont souffrait la ville. Le contenu du modèle est examiné en détails dans la deuxième partie de l’ouvrage.

L’ouvrage d’Horacio Capel a donné lieu à un débat passionné au sein de la communauté scientifique espagnole. Ainsi, l’architecte Oriol Bohigas a répondu au géographe dans un article publié dans le journal catalan L’avui. Quant au fameux urbaniste espagnol Jordi Borja, il écrit dans El País du 31/01/2007 : « La Barcelone des 25 dernières années a connu sans aucun doute un succès global, dans le sens où elle s’est très bien vendue dans le monde entier. C’était au départ un projet, porté par un marketing efficace, que les responsables politiques et techniques et les publicitaires ont converti en modèle. L’excellent ouvrage de Horacio Capel (El modelo Barcelona: un examen crítico) révèle le manque d’esprit critique dont font preuve les travaux sur l’urbanisme barcelonais, ce qui a abouti, surtout dans les années suivant les Jeux Olympiques, à l’autosuffisance et même à un certain renfermement. On se réveille aujourd’hui de ce beau rêve : les critiques à l’égard de certains projets grandiloquents (comme Diagonal Mar) se multiplient, tandis que certaines omissions flagrantes (concernant par exemple la politique du logement) sont devenues un sujet de préoccupation grandissant pour les Barcelonais. Nous nous trouvons à la fin d’un cycle de succès, en pleine période de transition. Il faut désormais savoir vers où nous allons. Dans un monde d’incertitudes globales, il est essentiel que notre environnement local nous procure quelques certitudes. »

Juliette Lemerle

Le modèle Barcelone, CAPEL Horacio

paru aux éditions del Serbal en 2005 sous le titre El Modelo Barcelona,

traduction française par  Juliette Lemerle, publiée aux éditions Economica en 2009

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BRIBES…

La rue de l’Aléa ne cesse de descendre, en pente douce, dans les deux sens. C’est très pratique pour patiner. Et puis, elle a deux climats : tropical sur le trottoir impair, désertique sur le trottoir pair. On trouve de tout dans la rue de l’Aléa : une bibliothèque, une boulangerie, une boucherie et un bar. Et même un local en vente. Parmi les acheteurs, potentiels, il y a Marcel, huit ans et pas un centime en poches, et Auto-Lumière, une puissante multinationale spécialisée dans la distribution de cinéminds.

Vu l’inégalité de la compétition, c’est certainement un cinémind qui finira par s’y installer. Dans le voisinage, on ne sait pas vraiment de quoi il s’agit. On dit que c’est une sorte de cinéma moderne qui projette ce que le spectateur imagine, comme si c’était l’écran de la pensée. Tout le monde, ou presque, brûle d’envie d’en savoir plus.

 

Le cinémind, c’est comme un cinéma fait pour les yeux de l’esprit. On te met des électrodes sur la tête, qui captent tes visions intérieures et les projettent sur un écran. Comme dans un cinéma normal, sauf que là, c’est toi qui fais le film avec tes pensées. Tu y fais figurer tout ce qui te passe par la tête et tu vois ton imagination en direct.  C’est révolutionnaire ! Imagine : des cabines individuelles où tu peux voir tes pensées et des salles où l’on projette celles des autres. Aux États-Unis et au Japon, il y a déjà des metteurs en scène de cinémind. J’ai un cousin qui en a vu quelques-uns, il dit que ça a changé sa vie. Et qu’il économise à fond pour y aller chaque après-midi. Et j’ai lu que d’ici peu, il y en aura partout, que ce sera le boom, et que le cinéma traditionnel a du souci à se faire. Ça ne m’étonne pas. Imagine : un écran devant toi et c’est toi qui commandes, en temps réel.

Rue de l’Aléa, SALA LORDA Guillem

prix Documenta 2006

version originale catalane parue aux éditions Empúries en 2007,

traduction française de Juliette Lemerle

parue aux éditions Vent Terral en 2011

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